BHL piégé, les amis de Botul « consternés et allègres »
Par Pascal Riché | Rue89 C'est le site Bibliobs (Nouvel Obs) qui a levé le lièvre. Dans un de ses deux derniers livres (il a publié une paire), l'essayiste Bernard-Henri Lévy s'en prend à Kant « ce fou furieux de la pensée, cet enragé du concept ». A la page 122 de « De la guerre en philosophie » (Grasset), comme l'a repéré Bibliobs, BHL cite les recherches sur Kant de Jean-Baptiste Botul. Problème : Botul n'a jamais existé.
BHL rappelle ainsi dans son petit ouvrage que Botul aurait définitivement démontré « au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence ».
Qui est Jean-Baptiste Botul ? Dommage que BHL n'ait pas pris six secondes pour « googler » le nom de cet auteur sur internet. Il aurait découvert en moins de deux clics qu'il s'agit d'une créature fantasmatique et potachière sortie du cerveau de Frédéric Pagès, agrégé de philo et journaliste au Canard Enchaîné.
Une créature qui a pris vie grâce aux efforts d'un groupe d'amis d'horizons divers, dont le noyau dur est baptisé « NoDuBo ». Lévy serait par exemple tombé sur leur blog qui présente leur héros comme un « philosophe de tradition orale dont on ne connaît exactement ni la vie ni l'œuvre ».
Botul est apparu en 2004, avec la publication d'un livre choc : « La vie sexuelle d'Emmanuel Kant » chez Mille et Une nuits (il faut savoir que Kant est réputé puceau). C'est Pagès qui en est l'auteur. Chez le même éditeur d'autres botuliens ont poursuivi l'œuvre.
On doit ainsi à Jean-Baptiste Botul « Landru, Précurseur du Féminisme : la correspondance inédite, 1919-1922 », « Nietzsche ou le démon de midi » (plaidoirie que Botul, accusé d'avoir détourné une jeune fille dans son taxi, aurait faite devant le tribunal professionnel des taxis parisiens), « Métaphysique du mou »…
Des questions sur la façon de travailler de Bernard-Henri Lévy
Ce lundi soir, Frédéric Pagès s'amuse au téléphone de toute cette affaire : « Nous avons été consternés… et allègres » :
« Avec Botul, nous ne cherchons même pas à piéger les gens, c'est juste un auteur collectif. Ce qui est étonnant, c'est qu'il n'ait pas senti qu'il s'agissait d'une fable.
La vie sexuelle d'Emmanuel Kant raconte l'histoire farfelue d'une communauté d'Allemands de Königsberg (devenu kaliningrad) ayant fui au Paraguay pour constituer une colonie strictement régie par la philosophie kantienne. Cela aurait dû l'alerter. Cela pose une question sur sa façon de travailler ».
Les « Botuliens », me raconte Pagès, se réunissent chaque mois en « salon ». Je lui ai demandé s'ils inviteraient BHL. « Pourquoi pas, on pourrait parler de Kant, par exemple ! ».
J'ai laissé un message à Bernard-Henri Lévy, nous attendons sa réponse. Il a déjà réagi sur Parismatch.com :
« Bernard-Henri Levy a reconnu son erreur de bonne grâce, affirmant s'être laissé piéger et ne pas avoir deviné le canular. BHL entend cependant réserver l'ensemble de ses explications à son “Bloc-Notes” dans le prochain numéro du “ Point ”, à paraître jeudi de cette semaine. »
Bon si cela peut consoler l'ancien-nouveau philosophe, il n'est visiblement pas le seul à s'être laissé prendre aux fruits botuliens, comme on peut le constater ici.
Beppe Grillo : « Sarkozy est plus dangereux que Berlusconi »
Figure de l'opposition citoyenne, l'humoriste tient le plus gros blog d'Italie et multiplie les actions choc. Grand entretien.Imaginez un humoriste français que le Premier ministre évoquerait pendant cinq minutes à la télévision. Un artiste engagé dont le blog se classerait juste derrière les sites du Figaro et du Monde en terme de fréquentation, et parmi les vingt premiers blogs de la planète.
Un homme qui aurait rassemblé suffisamment de petits actionnaires de France Télécom pour s'inviter au conseil d'administration et demander aux dirigeants de rendre leurs bonus et leurs stock-options. Un type capable de faire descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue autour d'un mot d'ordre adressé au Parlement : « Va te faire foutre ! »
Le tout, sans avoir fait la moindre apparition à la télévision depuis près de vingt ans. Cet homme existe, mais en Italie. Il s'appelle Beppe Grillo, né Giuseppe il y a 61 ans près de Gênes. En 1993, sa dernière apparition à la télé italienne (une retransmission de spectacle) a rassemblé 16 millions de téléspectateurs. Record inégalé depuis.
Une seule rencontre avec Berlusconi… qui voulait l'engager sur ses télés
Beppe Grillo est interdit de télévision dans son pays pour avoir, en 1987, fortement sous-entendu que le président du Conseil d'alors, Bettino Craxi, était corrompu. Depuis, Craxi a été condamné à 27 ans de prison, puis est mort. L'un de ses successeurs, Romano Prodi, a répondu à Beppe Grillo qui le surnommait « Valium » : La suite sur Rue 89
Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin entre haine et folie
La plupart des journalistes politiques savent parfaitement que la relation Villepin-Sarkozy est totalement irrationnelle, tissée de haine pure.Tant et si bien qu'on peut en arriver à se demander si ces deux hommes ne sont pas - devenus - totalement dingues.
Mais, évidemment, à quelques exceptions près, presque personne n'écrit jamais cela, sous une forme aussi radicale et définitive, dans son journal.
Pourquoi ?
Et comment traiter, alors, de ce "duel" sauvage ?
Judith Waintraub, du Figaro, Maurice Szafran, directeur de Marianne, Dominique de Montvalon, ancien directeur de la rédaction d'Aujourd'hui/Le Parisien et Sylvain Besson, blogueur et correspondant à Paris du quotidien suisse Le Temps en débattent sur le plateau de la Ligne J@une.